LA CONSPIRATION DU HAREM
La conspiration du harem
2- Consentement
Est-ce vraiment nécessaire ?
Lorsque tout est prêt, il est inutile de s'attarder sur les détails.
Les vases en diorite grise comme un jour d'orage sont lustrés jusqu'à ce que l'image de celui qui s’en approche dessine à sa surface un reflet fantomatique.
Les nattes sont dépoussiérées.
Le lin qui les compose incorpore des filaments de byssus, cette fibre animale collante produite par des moules tenaces qui s'accrochent à la vie sur les pieux enfoncés dans la vase du delta, où fusionnent la mer proche et le Nil divin.
Ainsi, une fois posées les nattes ne quittent plus le sol, quelques soient les allers et venues des visiteurs.
Le lin devenu résistant comme le cuir grâce aux fibres marines adhérentes, supporte tous les poids et le poinçonnement des meubles les plus lourds.
Les deux chaises trônent au centre de la pièce de réception.
Le dossier et l'assise sont peints d'ocre sur lequel courent des filets pourpres.
Les accoudoirs d'ébène à têtes de lion sont prolongés par des pattes sculptées dans ce bois au brun si profond et luisant que leurs griffes paraissent réelles.
Les deux familles ont envoyées leur représentants.
Le peintre sculpte des hiéroglyphes dans les demeures nobles, quelques tombeaux et parfois au palais de Pharaon.
Tiyi est encore trop jeune pour prendre ce genre de décision.
Elle veut que son choix soit exposé à l'assemblée familiale mais elle ne s'exprimera pas.
Le peintre a été reçu séparément par chaque représentant familial.
Son âge ne lui permet pas non plus de parler pour lui-même.
Ounenès, sa sœur aînée a vérifié avec minutie chaque objet à plusieurs reprises.
Elle veut attirer la compassion d'Hator sur ces deux êtres qui méritent d'être déclarés justes.
Tout les rapproche, particulièrement l'éloignement qui leur a été imposé, ne faisant que révéler cette évidence.
Ils ont enfreint cet interdit dicté par la différence de rang des deux familles.
Elles doivent prendre une décision en respectant les règles de Maât.
Justice et rectitude.
La grande silhouette d’Ouâemkaou se dessine dans l’embrasure de la porte.
Le contre-jour projette une lueur irradiante qui dessine sa morphologie élancée.
Son visage sculpté à la serpe apparaît.
Un sourire radieux traverse son visage de part en part.
Tiyi a posé un coffre pour se hisser jusqu'à la lucarne de l'échoppe de textiles tenue par son amie.
Elle observe l'entrée de la demeure où la réunion se tient, située pratiquement en face de son poste de guet.
Personne ne doit savoir qu'elle se trouve ici.
Elle décide pour elle-même, c'est son caractère. Têtue depuis son plus jeune âge et passionnée, depuis peu.
Elle aperçoit Ouâemkaou.
Son oncle vient de franchir la porte d'entrée animé d’une gaîté inhabituelle.
Il n'est pas très expressif d'ordinaire et en particulier, il ne sourit jamais.
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Note et commentaires : Succession
Cette véritable histoire de conspiration au sein d'un harem n'a rien de lubrique, comme certains le pensent.
Le harem existe ici pour une unique raison.
Il y a 5000 ans il s'est imposé petit à petit comme une nécessité politique, qui n'a absolument rien de licencieux (joli mot).
Lorsqu'un roi veut conserver le pouvoir, parfois durement conquit, il ne dispose que de peu de moyens.
La force, évidemment est le recours le plus tristement courant.
Parfois la politique, à condition qu'elle soit réservée à une minorité privilégiée très largement acquise à la cause du souverain.
A moins d'avoir une descendance prête à prendre la suite du pouvoir, le choix du candidat au trône appartenant quasi exclusivement à celui qui le quitte.
La mortalité infantile était telle qu'elle pouvait être un obstacle rédhibitoire à ce projet, dont le seul but était de pérenniser le pouvoir au sein d'une même famille.
Les dynasties naissent ainsi, mais elles imposent de vaincre la mort précoce des enfants, voire des adolescents. Tâche délicate.
Les conflits étant légion, tant à l’extérieur qu'à l’intérieur, le successeur (un homme sauf de rares exceptions, j'ai beaucoup écrit pour deux reines et impératrices de l'antiquité) devait être instruit des choses de la guerre et des nécessités politiques, en exposant sa vie...
Avoir de nombreux enfants s'est imposé comme une solution "arithmétique" efficace.
Le "Ipèt-nésout", soit le harem en Égypte mais aussi dans la haute antiquité, n'est pas qu'un espace de plaisirs, comme il a pu le devenir bien plus tard en d'autres lieux.
Même s'il comportait en Égypte des favorites (khékérout-nésout, « les ornements du roi ») et il faut le reconnaître des "beautés" (néférout), il était surtout le lieux où vivaient la Grande épouse royale, les épouses secondaires, leurs filles et leurs cousines.
Lieux de toutes les influences politiques et manigances familiales visant à privilégier le meilleur poste à sa progéniture, voire les pires complots.
Le harem ainsi conçu s'est agrandi des épouses "diplomatiques".
Pour éteindre un conflit armé entre deux protagonistes, qui risquent de s'affaiblir mutuellement au profit d'envahisseurs plus lointains, prendre épouse chez le monarque ennemi, ou marier un fils ou une fille de chaque camp est l'assurance d'un traité de paix, souvent suivi de nombreux accords commerciaux.
Après la grande bataille de Qadesh (1274 av.J.-C), en l'an 34 de son règne (soit vers 1245 avant notre ère) Ramsès II prit comme épouse «Maâthornéferourê», la fille de son ennemi juré le roi hittite Hattousili III.
Moralement on peut s'offusquer de cette "méthode" pratiquée sur tous les continents.
Selon certains Ramsès II ne se remit jamais de la disparition de sa première Grande épouse royale, la belle et fragile Néfertari Méretenmout (« La plus belle de toutes, aimée de Mout ») :
«Par l’ampleur et surtout la finesse de ses décors, la tombe de Néfertari est sans aucun doute la plus belle de toutes celles que l’on trouve en Égypte. Aucun des vastes sépulcres de la Vallée des Rois n’offre un ensemble pictural aussi achevé. Non que le programme iconographique se signale par l’originalité de ses thèmes.
Sans surprise, il relate le parcours effectué par l’âme de la défunte après que celle-ci est descendue dans le royaume des morts présidé par Osiris. Le point de départ de ce cheminement était la « salle de l’or », où se trouvait le sarcophage de la reine.»(Damien Agut-Labordère-National geographic)
Les inscriptions relatives à Néfertari abondent en épithètes amoureuses : « douce d’amour », « belle d’aspect », « pleine de charmes » et incitent à croire que Ramsès II était profondément épris de Néfertari.
Fait exceptionnel le petit temple d'Abou Simbel construit pour Néfertari la représente à la même taille que celle de Pharaon.
Dedié à Hator (déesse de la joie, de la musique, de la beauté et de l'amour) que Néfertari incarnait ainsi sur terre.
Ce grand monarque reste un des plus célèbres dirigeants de l'Histoire, il fut craint et admiré tant par les siens que de ses ennemis.
Fut-il aimé pour l'être qu'il était et non comme Pharaon ?
Néfertari aurait pu le dire, mais une femme fut elle Grande épouse royale en avait-elle le droit ?
Pharaon était le fils de Rê sur terre, il avait rendez-vous avec l'éternité.
Fils de Rê ou non, chacun sait pour quelle raison un homme bâtit des temples à celle qui partage son existence.
Ramsès II eut une longue vie et survécu à nombre de ses enfants et certains de ses petits enfants. Ses héritiers survivants s'étaient réduits à tel point que c'est son treizième fils, Mérenptah, qui lui succéda. Il était né d'une autre Grande épouse royale, Isis Néféret.
Le harem était une nécessité pour l'Égypte, mais pas pour l'homme qui partait rejoindre la plus belle de toutes, Néfertari Méretenmout
À lire :
https://www.universalis.fr/encyclopedie/egypte-antique-civilisation-la-litterature/7-la-poesie-lyrique-et-dramatique/