LA CONSPIRATION DU HAREM
La conspiration du harem
Prologue
La veine nourricière rythme la vie de ses innombrables terminaisons.
Que serait ce grand corps élancé sans elle ?
Un assemblage de petites parcelles arides où quelques fermiers survivent.
Pour se rendre de l'Orient du jour nouveau à l'Occident du voyage nocturne, seul les astres traversent le flux vital sans effort.
Bien avant que le soleil assèche les terres arables, les antilopes peuplaient les espaces proches des petits villages.
Un jour, Râ décida de prendre possession du sol des hommes pour qu'ils le vénèrent, en brillant plus vivement encore .
Au fur et à mesure des périodes sèches, toujours plus longues et chaudes, le carbonate de sodium naturel qui compose notre sable est devenu extrêmement sec.
Depuis ces temps difficiles, il est un déshydratant très efficace.
Le natron est son nom ici.
Les onguents qui l'utilisent sont apaisants.
Nos lointains ancêtres se sont aperçus que ce sable de natron résistaient au temps qui fait disparaître les corps voyageant vers Kheret-Netjer, l'au-delà.
Les embaumeurs ont ajouté à la dessiccation des tissus par ce sable blanc le naphte gluant, aux couleurs ocres ou brunes selon la roche qui le rejette.
Il leur a fallu dompter ce liquide visqueux aux vapeurs extrêmement inflammables et à l'odeur tenace.
Conjugué au natron il conserve cette forme humaine dont nous avons tant de mal à nous séparer.
Ici, l'argent est le squelette des dieux et l'or est leur peau.
En leur honneur nous sommes toujours bien vêtus et élégamment parés dans « Mandjet », la barque solaire du jour et «Mesektet» la nuit, pour être présentables et appréciés lors de notre arrivée.
Les pilleurs de tombes le savent, ils volent ces biens qui nous sont si précieux.
Non pour leur valeur terrestre, mais parce qu'ils permettent par leur résistance éprouvée dans le temps, la survie de notre âme dans l'au-delà.
Chacals sans foi, que Maât pèse votre cœur empli de fiel et qu’Anubis voit la plume d’autruche s'élever sur la balance, que Thot le scribe déclare que vous n'êtes pas justes de voix, que votre esprit se perde dans les ténèbres d’Apophis, que ses yeux rouges vous foudroient et que Moût dévore vos chairs.
Nous voulons vivre encore.
La vie est si brève, notre corps ne sait pas vaincre les innombrables maladies et les infections que nous envoient les esprits malfaisants.
Nos enfants nous regardent partir alors qu'ils nous tiennent encore la main pour admirer le lever du soleil qui fait s'ouvrir les lotus bleus.
Avons-nous inventé l'éternité pour nous rassurer ?
Le palais du roi se nomme «Per- aâ».
Nous ne donnons jamais cette identité architecturale à son occupant.
Elle nous sert seulement à nommer sa demeure.
Bien plus tard des hommes découvrant Kemet, notre terre, assimileront le roi à Per-aâ, son palais et lui donneront le nom de «Pharaon».
Si pour les humbles l'éternité est un espoir idéalisé de repos et de quiétude dans autre vie, qualités si rares ici bas, pour Pharaon elle est une nécessité.
Le fils de Rê sur terre est immortel.
Sinon, qui serait-il ?
Un homme comme un autre ne peut incarner le destin sans fin du royaume des Deux Terres.
Être né avec le devoir d'affronter le temps, de vaincre Apophis et ainsi de survivre à la mort pour guider ce si grand peuple vers la lumière éternelle est une charge écrasante.
Inhumaine.
Mais si je ne suis pas un homme...moi fils de Rê, Ousermaâtrê-Méryamon, Pharaon de la vingtième dynastie de Kemet,
...j'y arriverai.
Rê, je connais mes ennemis, je ne les crains pas.
Donne moi la force d'affronter ceux qui ont dans leur veine nourricière mon sang.
Je sais qu'il veulent le verser pour que l'un deux devienne ton fils à ma place.
Ils n'y parviendront pas.
Maintenant je sais pourquoi.
________________________
NOTE : Le Papyrus judiciaire de Turin
La condamnation à l'éternité
Avant le n°1 qui suivra le Prologue, je précise que le stupéfiant Papyrus de Turin constituant les procès-verbaux de cette affaire judiciaire pharaonique hors normes (dans toutes les acceptions du terme) ne relate pas les faits d’une manière explicite et détaillée, comme le font les tribunaux actuellement.
Le sens de l'emphase et certains interdits de l'Égypte antique semblent être un exercice de style imposé à ce témoin de l’Histoire.
Mais il suit en réalité des règles précises dictées par une logique religieuse.
En Égypte, pour exister dans l'au-delà il faut pouvoir prononcer le nom du défunt après son départ.
L'effacement du nom du condamné de tous les registres administratifs et le martèlement du nom sur les fresques et hiéroglyphes gravés (comme dans la vidéo du Prologue) empêchera l'âme de poursuivre son existence dans «l'autre vie».
En particulier dans son tombeau et sur son sarcophage.
L'effacement et le martèlement du nom sont, en creux, une damnation plus qu'une condamnation. Les procès-verbaux ne notent pas toujours les vrais noms des condamnés mais des appellations infamantes qui remplacent leur véritable identité.
Ainsi, un lecteur du 21 ème siècle (après JC) qui, en découvrant ce phénoménal document, parviendrait à déchiffrer l'écriture hiératique (*) ou certains hiéroglyphes, ne lirait que des pseudonymes péjoratifs, mais pas les véritables noms des condamnés.
Cela afin d'empêcher que leurs noms soient prononcés à nouveau et que leurs âmes de condamnés vive à nouveau plus de 3000 ans après...
C'est une condamnation non à perpétuité (à vie), mais à l'éternité.
Sous Napoléon Bonaparte la «mort civile» prononcée par les tribunaux pouvait conduire à l'oubli, puisque l'état civil n'en était qu'à ses débuts.
Ce pourquoi, cette histoire conserve une part d'ombre opaque quant au sort de certains des principaux protagonistes.
On ne sait pas exactement ce qu'ils sont devenus à l'issue du procès...
L'imaginaire et le romanesque peuvent ainsi se glisser dans l’Histoire en bloquant sa porte entrouverte avec le bout du pied.
Ce que je m'apprête à faire.
Dans le lien suivant les illustrations se situent après le texte (assez long)
(*) https://fr.wikisource.org/wiki/De_l%E2%80%99%C3%89criture_hi%C3%A9ratique_des_anciens_%C3%89gyptiens