La conspiration du harem
La conspiration du harem - Prologue - 4K
La veine nourricière rythme la vie de ses innombrables terminaisons.
Que serait ce grand corps élancé sans elle ?
Un assemblage de petites parcelles arides où quelques fermiers survivent.
Pour se rendre de l'Orient du jour nouveau à l'Occident du voyage nocturne, seul les astres traversent le flux vital sans effort.
Bien avant que le soleil assèche les terres arables, les antilopes peuplaient les espaces proches des petits villages.
Un jour, Râ décida de prendre possession du sol des hommes pour qu'ils le vénèrent, en brillant plus vivement encore .
Au fur et à mesure des périodes sèches, toujours plus longues et chaudes, le carbonate de sodium naturel qui compose notre sable est devenu extrêmement sec.
Depuis ces temps difficiles, il est un déshydratant très efficace.
Le natron est son nom ici.
Les onguents qui l'utilisent sont apaisants.
Nos lointains ancêtres se sont aperçus que ce sable de natron résistaient au temps qui fait disparaître les corps voyageant vers Kheret-Netjer, l'au-delà.
Les embaumeurs ont ajouté à la dessiccation des tissus par ce sable blanc le naphte gluant, aux couleurs ocres ou brunes selon la roche qui le rejette.
Il leur a fallu dompter ce liquide visqueux aux vapeurs extrêmement inflammables et à l'odeur tenace.
Conjugué au natron il conserve cette forme humaine dont nous avons tant de mal à nous séparer.
Ici, l'argent est le squelette des dieux et l'or est leur peau.
En leur honneur nous sommes toujours bien vêtus et élégamment parés dans « Mandjet », la barque solaire du jour et «Mesektet» la nuit, pour être présentables et appréciés lors de notre arrivée.
Les pilleurs de tombes le savent, ils volent ces biens qui nous sont si précieux.
Non pour leur valeur terrestre, mais parce qu'ils permettent par leur résistance éprouvée dans le temps, la survie de notre âme dans l'au-delà.
Chacals sans foi, que Maât pèse votre cœur empli de fiel et qu’Anubis voit la plume d’autruche s'élever sur la balance, que Thot le scribe déclare que vous n'êtes pas justes de voix, que votre esprit se perde dans les ténèbres d’Apophis, que ses yeux rouges vous foudroient et que Moût dévore vos chairs.
Nous voulons vivre encore.
La vie est si brève, notre corps ne sait pas vaincre les innombrables maladies et les infections que nous envoient les esprits malfaisants.
Nos enfants nous regardent partir alors qu'ils nous tiennent encore la main pour admirer le lever du soleil qui fait s'ouvrir les lotus bleus.
Avons-nous inventé l'éternité pour nous rassurer ?
Le palais du roi se nomme «Per- aâ».
Nous ne donnons jamais cette identité architecturale à son occupant.
Elle nous sert seulement à nommer sa demeure.
Bien plus tard des hommes découvrant Kemet, notre terre, assimileront le roi à Per-aâ, son palais et lui donneront le nom de «Pharaon».
Si pour les humbles l'éternité est un espoir idéalisé de repos et de quiétude dans autre vie, qualités si rares ici bas, pour Pharaon elle est une nécessité.
Le fils de Rê sur terre est immortel.
Sinon, qui serait-il ?
Un homme comme un autre ne peut incarner le destin sans fin du royaume des Deux Terres.
Être né avec le devoir d'affronter le temps, de vaincre Apophis et ainsi de survivre à la mort pour guider ce si grand peuple vers la lumière éternelle est une charge écrasante.
Inhumaine.
Mais si je ne suis pas un homme...moi fils de Rê, Ousermaâtrê-Méryamon, Pharaon de la vingtième dynastie de Kemet,
...j'y arriverai.
Rê, je connais mes ennemis, je ne les crains pas.
Donne moi la force d'affronter ceux qui ont dans leur veine nourricière mon sang.
Je sais qu'il veulent le verser pour que l'un deux devienne ton fils à ma place.
Ils n'y parviendront pas.
Maintenant je sais pourquoi.